SENEGAL: MARCHE DES JEUNES ET FEMMES DE L’OPPOSITION

On s’y attendait peu, mais la marche d’hier des jeunes et femmes de Benno Siggil Senegaal a fortement mobilisé. C’était une affluence tous azimuts. La déferlante Benno, malgré le manque de coordination de la marche, a utilisé tous les moyens pour exiger le départ de Wade de la tête du pays. 

Ils ont tenu à marcher. Ils l’ont fait. Les jeunes et femmes de la coalition Benno Siggil Senegaal ont battu hier le macadam, dans une fureur tragique, pour exiger le départ de Wade et de son régime du pouvoir. Une marche qui rappelle les grandes sorties de l’opposition durant les récentes campagnes électorales. Tee-shirts, foulards et autres brassards rouges se sont invités à la marche. Massivement, le peuple a répondu présent. Venues de la banlieue et autres quartiers de Dakar, les populations ont tenu à marcher pour exprimer leurs besoins. De la Poste de Médina à la place de l’Obélisque, en passant par la Rts, le cri de cœur a été le même : «Na dem, na dema dema dem (Ndlr : que Wade s’en aille) !» Malgré les quelques failles dans la coordination de la marche, toutes les couches sociales du pays se sont fortement mobilisées comme un seul homme pour décrier les «dérives et errements» du pouvoir en place. C’était la grande offensive engagée contre la «mise à sac, par les libéraux, de tous les secteurs socio-économiques» actuellement en crise. «Il n’y aura pas de répit. Wade a sacrifié le pays», lit-on sur les pancartes des marcheurs. Amath Dansokho, présent dans la marche, lance : «C’est le commencement de la constitution d’un élan populaire qui va balayer le régime de la corruption, de la honte, de la destruction de l’essor économique et social de notre Nation.» À l’en croire, Me Abdoulaye Wade «n’a pas renoncé à son projet de détruire l’agriculture sénégalaise».

Les 10 raisons brandies

 L’opposition considère ainsi que le «Président Wade est en train d’agresser le Sénégal». Pour cela, dix raisons ont été brandies pour le faire partir de la tête du pays. Ainsi, évoquant la tentative de corruption à l’endroit d’Alex Segura, ex-représentant-résident du Fonds monétaire international (Fmi), l’opposition estime que cette affaire est sans doute la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, car elle constitue une humiliation et un déshonneur pour le peuple sénégalais. À cela, s’ajoutent d’autres raisons, dont les axes majeurs sont, entre autres : la non prise en compte des besoins prioritaires des populations, la mal gouvernance, le déclin économique du Sénégal, le scandale du foncier, l’instabilité institutionnelle et sociale. Il est cité également par les marcheurs, l’inflation des Institutions, le tripatouillage incessant de la Constitution, le non-respect du processus électoral… Parmi ces facteurs qui entravent profondément le développement harmonieux de la société sénégalaise, les organisateurs de la marche d’hier considèrent que «Wade a fait preuve de son incapacité à gouverner sainement le Sénégal».

La mallette de Segura s’invite à la marche

Le président du mouvement Leraal Askan-Wi, Oumar Faye, a eu l’ingénieuse idée de venir, hier, à la marche avec une mallette sur laquelle, il est inscrit «Segura». Allusion faite à l’affaire Segura qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive.

Habillé en noir. Il porte sur la tête une valise sur laquelle est écrit «Segura». Il était l’attraction de la marche des jeunes et des femmes de Benno Siggil Senegaal. Le président du mouvement Leraal Askan-Wi, Oumar Faye, à travers ce geste, veut, dit-il, montrer à la face du monde que le «Sénégal est en deuil». Entouré des jeunes de Bss, habillé en rouge et noir, il a fait le tour du rond-point de la Poste de Médina pour montrer à tous les médias nationaux ou internationaux la fameuse «mallette Segura». Qui contenait une somme de 80 millions de FCfa remis à l’ancien représentant-résident du Fmi à Dakar par le chef de l’Etat, Me Abdoulaye Wade, en guise de cadeau. Un acte qui pousse Oumar Faye à dire que «Wade a plongé le pays dans les profondeurs abyssales. Il a sacrifié les Sénégalais, il a détruit le pays. Toutes les mamelles nourricières de ce pays ont été bradées par Wade». Et le président du mouvement Leraal Askan-Wi de poursuivre : «Les jeunes ont eu confiance en lui en le portant au pouvoir en 2000, mais aujourd’hui, il a déçu tout le monde. Ces millions qu’il a donnés à Segura pouvaient permettre à résoudre beaucoup de problèmes. Neuf Sénégalais sur dix ne mangent pas à leur faim», a déclaré le président du mouvement Leraal Askan-Wi. Ce dernier a manifesté, à sa manière, son mécontentement de la façon dont le régime libéral gère le pays. L’opposition a organisé cette marche de protestation sur l’itinéraire Poste Médina-Place de l’Obélisque. L’appel à la mobilisation lancée par les leaders de Benno Siggil Senegaal n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Les Sénégalais ont répondu massivement présents à la marche. 

REACTIONS :

PENDA MBOW, MEMBRE DE LA SOCIÉTE CIVILE : « L’affaire Segura n’est que la face visible de l’iceberg »

«Je suis une femme indépendante, patriote et qui aime le Sénégal. J’ai été profondément choquée par l’affaire Alex Seugra. J’ai dénoncé la mal gouvernance. J’ai dénoncé la monarchisation. J’ai même dénoncé le fait que l’opinion du citoyen Sénégalais ne soit pas considérée. Mais l’affaire Segura, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. J’ai honte au plus profond de moi, je suis gênée face à la communauté internationale et tout le monde sait ce qui s’est passé au Sénégal. C’est  ce qui me fait mal. Du coup, j’ai décidé de participer à cette marche pour dire non à la corruption. Ce qu’on nous a donné comme raison sur cette affaire, c’est pire que ce qu’on peut imaginer. Segura est très bien payé par le Fonds monétaire international (Fmi). C’est un fonctionnaire qui doit être totalement hors de toutes formes de pression. Si on essaie de lui donner de l’argent, c’est encore plus grave. Moi, je vous dis carrément que dans cette affaire, on n’a pas dit toute la vérité. On nous parle d’une certaine somme, mais je suis convaincu que si nous connaissons la vérité, celle-ci ne correspondra pas du tout à la somme qui a été évoquée aujourd’hui dans le cadre de cette corruption. L’affaire Segura n’est que la face visible de l’iceberg.»

KHALIFA SALL, MAIRE DE DAKAR : «Avec l’affaire Segura, c’est l’image du Sénégal qui est par terre»

«Toute marche est un acte de sensibilisation. La marche d’aujourd’hui est une marche de protestation, de mobilisation. Pour dire aux citoyens citoyennes qu’il ne faut pas accepter les manipulations. Et qu’il faut toujours dire non aux excès, dire non à l’extravagance et dire non à la malgouvernance. Ce sont des citoyens qui se mobilisent pour montrer leur indignation et leur ras-le-bol face à ce qui se passe dans ce pays. Nous sommes tous unanimes pour dénoncer ce qui s’est passé avec Alex Segura. Ce qui s’est passé avec Alex Segura c’est pire, car c’est une corruption qui ternit l’image de notre pays. C’est un acte qui ne doit jamais se produire dans notre pays. Il faut en tirer toutes les leçons et toutes les conséquences. L’affaire Segura, mon Dieu ! c’est vraiment l’image du Sénégal qui est par terre. Et c’est la raison pour laquelle, nous marchons aujourd’hui.»

AMATH DANSOKHO, LEADER DU PIT : «Nous ferons tout pour qu’il parte avant 2012»

«Un régime de la honte. Notre pays avait un très grand prestige international avec Senghor et Abdou Diouf, mais, hélas, aujourd’hui il est la risée du monde entier. Avec un chef d’Etat qui corrompt des fonctionnaires internationaux. Wade n’a pas renoncé à son projet de détruire l’agriculture sénégalaise, notamment l’arachide. Depuis qu’il est arrivé, les paysans travaillent quand ils ont de l’eau. Il a détruit leur production par une commercialisation désorganisée. Mais, on ne va pas continuer comme ça. Si nous continuons avec Wade, nous aurons des conséquences incalculables. Le fait de vouloir être candidat, c’est très simple. Il croit qu’il va rester là jusqu’à la fin de sa vie. Nous n’allons pas le permettre. Nous ferons tout pour qu’Abdoulaye Wade quitte le pouvoir avant 2012. Nous allons toujours mobiliser les Sénégalais et poser des actes concrets pour qu’il parte. Nous sommes toujours dans cette dynamique.» 

AMINATA MBENGUE NDIAYE, MAIRE DE LOUGA : « Quand un président a été pris en flagrant délit de corruption, il doit partir » 

«Nous avons atteint l’ensemble des objectifs qui nous ont été fixés. Car, il a été question de mobiliser les femmes et jeunes de Benno de toute la région de Dakar et des régions alentour et également mobiliser d’autres citoyens qui ne sont pas membres de Benno, mais qui ont les mêmes objectifs que nous. Notre souci aujourd’hui, c’est de faire partir Wade et nous battre contre la corruption, contre les inondations et faire en sorte que la banlieue soit restructurée. Les populations en ont marre. Ce régime augmente tous les jours le prix des denrées de première nécessité. Nous voulons que tous les prix soient accessibles à la population. Ainsi, l’affaire d’Alex Segura a fini de nous monter que Abdoulaye Wade ne doit plus diriger ce pays. Quand un président a été pris en flagrant délit de corruption, il doit partir. Le Sénégal était montré en exemple. Même lui, quand il venait d’arriver, il était un donneur de leçon.  Aujourd’hui, on titre dans la presse africaine : «Les donneurs de leçons pris en flagrant délit de corruption», c’est grave pour notre pays.»

Source : seneweb

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